dimanche 22 avril 2007

Le regard d'un jeune sur son pays et le reste

Je profite de cette journée d'attente pour donner quelques sentiments sur ce pays étrange qu'est la France aujourd'hui. Des sentiments mitigés.

On reste un pays très politisé. A l'heure où l'Europe semble s'être faite à l'idée que la politique ne peut pas ou plus changer le monde, dominé par l'économie libérale mondialisée, la France fait de la résistance. Le débat lors du référendum européen l'a montré. Cette période, vécue en Angleterre, fut véritablement démocratique, citoyenne. Les Anglais étaient en admiration devant l'intérêt suscité par cette chose lointaine et compliquée qu'est l'Europe, devant l'appropriation par tous et par chacun du sujet, de l'enjeu. L'importance prise aujourd'hui par la présidentielle va dans le même sens. Même si la première raison se réduit à un homme, Sarkozy. Même la violence collective garde souvent politique, ce qui, dans le pire, reste quelque chose de positif. Certains voient dans cette politisation de l'irrationalité, de la passion (au sens pathologique), mais c'est aussi une véritable attente, un espoir de changer les choses, la société, le monde. On a beau avoir perdu nos illusions, on veut encore y croire. Plutôt que de s'aplatir devant la réalité pragmatique qui s'impose à nous. Et c'est sur cette base qu'on peut espérer construire quelque chose, un petit bout du monde de demain.

On voit de plus en plus la diversité de la France telle qu'elle existe dans les faits. Les Jamel, Diam's, Thuram, Njijol. Helas toujours dans le spectacle. Le foot, la musique, l'humour. Néanmoins, leurs discours valent souvent bien plus que n'importe quelle analyse politico-médiatique sur notre société. On les voit peu, mais c'est cette France-là qu'on aime, notre France à nous.

La position de la France sur la guerre en Irak fut aussi quelque chose d'important. De quoi être fier de ce pays. Pas par patriotisme, nationalisme, ou par ego mal placé. Mais pour les valeurs que la France porte parfois sur la scène mondiale. La paix, la justice, le droit, la tolérance. C'est bien souvent en profonde contradiction avec la politique étrangère réelle suivie par la France, et non dénué d'hypocrisie et d'intérêts inavouables. Mais être capable d'ouvrir sa gueule face au plus fort pour défendre le faible, c'est déjà beaucoup.

L'idée de la République reste quelque chose de puissant. Liberté, égalité, fraternité. Y a-t-il une plus belle devise. Hélas, la réalité s'en éloigne chaque jour un peu plus. L'école, la laïcité, les services publics, sont les incarnations de ces valeurs, mais ne remplissent plus leurs objectifs. Ce n'est pas une raison pour y renoncer. Au contraire, nous devons nous battre pour les réhabiliter, les rendre plus éfficaces. Tous Français, avant d'être de telle origine, de telle religion, de telle catégorie sociale. Vivre ensemble, se sentir un destin commun, des valeurs et aspirations communes. Non pas limités aux citoyens français, mais destinés à tous ceux qui y adhèrent, sur le territoire et au-delà. Etre Citoyens du même Monde, et Résidents de la même Planète. Tous libres, tous égaux, tous frères. Cette utopie doit être défendue, ici et ailleurs. L'écart entre les mots et les choses doit nous pousser à agir pour rapprocher les choses des mots, dans ce pays et dans les autres. Pas nous faire changer les mots pour les faire coller aux choses.

Là où cette éléction fait très mal, c'est sur cette idée de communauté. Une moitié de la France semble plus ou moins adhérer aux idées de Jean-Marie Le Pen et de Nicolas Sarkozy. Trop d'immigrés, trop de désordre, trop d'assistés, trop de fainéants, trop de jeunes, trop de noirs et d'arabes, trop de Différence. Vivre-ensemble mais entre soi, sans altérité. Cette France rance, ce n'est pas notre France à nous. Il y a deux France, la leur et la notre, de poids approximativement égal, qui cohabitent mais ne s'aiment pas. Et c'est la même chose au niveau européen. C'est pourquoi cette éléction est si importante. C'est le face à face, le rapport de force pur, et une victoire de l'un ou l'autre camp. Si l'on peut se demander où Ségolène et la gauche nous meneraient, il n'y a pas vraiment de doute sur la direction que prendra Sarkozy. Il a au moins le mérite de mettre en pleine lumière la nature et l'importance du clivage. Là où Bayrou propose un écran de fumée.

Ce qui fait peur, c'est que la tendance n'est pas que française, mais occidentale, voire mondiale. La xénophobie, le communautarisme, la religiosité, le marketing politique, le populisme, la violence, l'intolérance, l'individualisme consumériste, sont des tendances lourdes. La mondialisation libérale économique et son corrolaire, la fermeture sur soi politico-culturelle, sont loin d'avoir fait sentir tous leurs effets.

Quelques éléments d'espoir existent cependant. La communication directe entre les gens via internet, la multiplication des réseaux d'action civique, nationaux et transnationaux, les prémisses d'un projet de société global humaniste et solidaire en construction, le début d'une conscience politique mondiale.

En attendant, il s'agit de limiter les dégâts. De se battre pour préserver ce qu'il y a de meilleur, et de s'opposer à ce qu'il y a de pire.


2 commentaires:

Anonyme a dit…

je pense quand même qu'il y aura de moins en moins de vieux à droite et à droite de la droite dans les années à venir !

Virgile a dit…

Trop bien, il est en double ton commentaire. Ca manque d'explicitation cependant...