lundi 30 avril 2007

La dérive d'une droite extrême

Le Sarkozysme a franchi ces derniers jours une nouvelle étape, dans un silence médiatique assourdissant. Une étape fondamentale, que ne doit pas cacher la maturation progressive de ce phénomène politique depuis cinq ans. Toutes les barrières, les tabous, les limites de la démocratie ont été franchies.

On connaissait la propension du sarkozysme à verouiller le système médiatique, de plusieurs manières. La connivence, la collusion, partialité : Jean-Pierre Elkabbach, Franz-Olivier Giesbert et Arlette Chabot sont devenus les symboles de cette propagande qui ne dit pas son nom mais ne prend même plus la peine de se cacher. Et pour assurer les arrières, rien de tel que le soutien des actionnaires : Martin Bouygues (propriétaire de TF1) et Arnaud Lagardère (Elle, Paris-Match, Télé 7 jours, Europe 1, Europe 2, le Journal du Dimanche, Nice-Matin, La Provence, Entrevue, Choc, Hachette, les NMPP) etaient présents au meeting de Bercy dimanche 29 avril. Serge Dassault (Le Figaro), François Pinault (Le Point) sont des potes. Tout comme Jean-Marie Colombani et Alain Minc (Le Monde). Menaces ensuite, à la direction de France 3, à celle de Libération. Interventions directes enfin : démission forcée du directeur de rédaction Alain Genestar de Paris-Match (pour avoir publié des photos de Cécilia avec son amant).

On connaissait l'occupation permanente de tous les médias disponibles, le spam internet, avec la complicité de la SNCF parfois. On connaissait le tropisme lepeniste de Sarkozy. On connaissait les mensonges (sur les deux jeunes morts dans un transformateur de Clichy, sur les origines et les casiers judiciaires des emeutiers de novemvre 2005) et la manipulation des statistiques de la délinquance et de la comptabilité du budget de l'Etat. On connaissait les attaques contre l'indépendance de la justice, sommée de rendre des décisions conformes à sa volonté. On connaissait son utilisation des moyens financiers et humains (RG) de l'Etat pour mener sa campagne. On connaissait ses relations troubles avec la mafia des Hauts-de-Seine, le gang Pasqua, les business, la corruption.

Malgré tout cela, on pouvait toujours le prendre pour un "démocrate" approximatif malgré tout. Mais tel n'est plus le cas. Les événements et les discours de ces derniers jours le montrent tel qu'il est : démagogue, populiste, sophiste, dangereux, et anti-démocratique. Ainsi un débat de fond entre deux candidats à la presidence représentant 16 millions d'élécteurs, est d'abord empêché, directement ou indirectement, par celui qui avait déjà refusé de débattre avant le premier tour. Lorsque ce débat a lieu, il est jugé "anti-démocratique" et "anti-constitutionnel". Cela seul suffit à disqualifier cet homme et son équipe. Après la tenue du débat, les chiens de garde du Sarkozysme critiquent la "petite fille devant son maître", son inutilité et sa naïveté. Une fois encore, les médias acquiescent et reprennent en coeur. Au-delà des désaccords économiques, ce qui sautait aux yeux était la vision similaire de Bayrou et Royal de la République, de l'exercice démocratique, du fonctionnement des institutions, du dialogue politique, des valeurs de notre société. En opposition totale au Sarkozysme. Et là encore, tout ce que l'on nous en montre dans les médias aplatis, c'est les divergences économiques, l'arbre qui cache la forêt. Pendant que ces deux candidats dialoguent sur le fond, Sarkozy affirme qu "ils bavassent dans un hôtel parisien", dénonce leurs tractations d'appareil, et prétend lui seul parler de projet. Toujours aucune réaction. Il se pose en victime d'un tout sauf Sarkozy réel dans la population, mais inexistant dans les médias et chez les politiques. Un double mensonge, totalement hors de la réalité. Lui serait la victime, lorsqu'il ne fait qu'attaquer ceux qui parlent démocratiquement de programmes, et invente tout ce qui est possible pour faire croire ceux qui l'écoutent. Lui ne serait pas dans les négociations partisanes, quand il préfère débaucher par la menace les députés UDF, plutôt que débattre. Lorsqu'il attaque Royal et Bayrou, c'est de lui-même qu'il parle. Et personne n'est là pour le rappeler, simplement pour le dire. Les siens suivent le mouvement, tel Xavier Bertrand, n'hésitant pas à déformer les propos de Royal et de la gauche, manipuler la vérité, à reprocher à Jospin tous les maux de la France après cinq ans de gouvernement UMP, à mentir sur les chiffres, à multiplier les affirmations mensongères. Il ne reste plus que le vote pour l'arrêter. Et même cela est mis en doute par les machines à voter.

Désormais, tout est bon pour prendre le pouvoir. Toujours plus extrême, toujours plus bas, toujours plus mensonger, toujours plus fallacieux. Ca fait vraiment vomir. Et les Republicains démocrates semblent démunis face à une telle offensive, relayée sans interférence par les médias de ce triste pays. La question centrale de cette éléction n'est plus un programme économique ou un autre, telle mesure ou telle autre, mais bien la conception de notre démocratie politique. Il faut absolument le voir, le reconnaître et le montrer. Aux bayrouïstes, soyez lucides, et soyez cohérents avec vos idées, si ce sont bien celles de Bayrou. A l'extrême-gauche, soyez responsables, ne vous fourvoyez pas dans le pareil au même, tel n'est pas le cas. Un vote Royal ne sera pas un blanc-seing, et les législatives suivent. Ce sera un acte de résistance à la démagogie dangereuse, et un acte de défense de nos valeurs. L'abstention est un vote pour Sarkozy, c'est choisir volontairement de le laisser passer. Et il y en aura pour dix ans. Le pays ne sera plus le même, notre démocratie non plus.

Pour un jeune qui a appris dans les livres d'histoire Napoléon III, Boulanger, les lois de 1905, Jaurès, les Croix de Feu, le Front Populaire, le Fascisme, le National-Socialisme, Vichy, Poujade, Mai 68, l'ORTF, mais qui a grandi avec Le Pen, Berlusconi, Bush et TF1, la situation actuelle fait vraiment peur. La victoire de Sarkozy sera une double défaite : défaite de tous nos combats contre les idées de Le Pen ; défaite de notre idéal Républicain et démocratique. On peut encore l'empêcher. Si vous ne le faites pas pour vous, faites le pour nous, vos enfants.

Votez.